Jeudi 12 mars 2009
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16:58
Journée interminablement pénible.
Il est 18h00. Merde, je suis à la bourre. Mon bus aussi, ça tombe bien. Je m'engouffre dans la machine la dernière, les
portes se referment sur la masse humaine collée-serrée entre 4 parois recouvertes d'une épaisse buée. Je reste à l'avant, la foule dense m'empêchant de progresser. Je me retourne et découvre avec
étonnement notre pilote, celle à qui je confie ma vie pour quelques instants.
Il est 18h00. Merde, c'est l'heure où il ne fait pas bon être en voiture ou en bus dans les rues de Lyon. Déjà la
chauffeuse commence à pester contre le feu vert qu'elle a manqué et qu'il va falloir de nouveau guetter avec une vigilance de temps de guerre.
La chauffeuse est une grande rousse aux ongles violets, je lui donne la quarantaine bien tassée. Elle tapote
nerveusement le volant en fredonnant sur de la house qui passe à la radio. Je l'imagine en discothèque avec ses copines aux cheveux bleu et rouge en train de se trémousser sur la version
tectonique des Lacs du Conemara, je souris.
Toujours pris entre deux flots de voitures, le bus stagne au feu rouge, puis vert, puis de nouveau rouge. Françoise,
parce qu'elle a une tête à s'appeler Françoise, maudit cette journée qui n'en finit pas. Elle fait de grands signes aux ridicules automobilistes qui osent la klaxonner, défiant sa machine avec
leurs misérables pots de yaourt.
Toujours aux premières loges, j'observe et vit la scène avec beaucoup d'intérêt.
Françoise décide de reprendre les choses en mains et passe la seconde. Le fond musical sur rythme de boum boum dans ta
benz benz benz y est sans doute pour beaucoup.
Quelques mètres gagnés, et déjà voilà le bus immobilisé, cette fois-ci au beau milieu des voies du tramway, histoire
d'augmenter encore un peu la probabilité de percuter un autre véhicule. Je ne vois pas ma vie défiler, trop occupée à guetter le moindre geste de l'héroïne du jour.
Le bus s'ébranle et nous repartons à allure d'escargot, mais progressant tout de même mètre par mètre. Les nerfs de
Françoise tiennent le choc. Mais pour combien de temps encore?
On s'approche de la gare, lorsque le miracle se produit. Le téléphone du bus sonne, délivrance pour Françoise.
« Allo, oui, c'est Vanessa, voiture 7 ». Je tombe des nues, alors que la phrase se répète en boucle dans ma tête. Vanessa. Non, non, ce n'est pas possible. Je me repasse les deux
minutes de film écoulées et dévisage longuement la protagoniste. Vanessa. Les cheveux roux bouclés, le vernis violet, les bagues, les bijoux... tout se tient. Un silence, Vanessa est accroché à
son téléphone, qui est lui même accroché à la structure du bus. Elle hoche la tête, j'attends qu'elle intervienne, majestueuse. J'imagine qu'on la tient au courant de la situation des autres bus
de la ligne et de son avenir proche. Et puis qu'on lui demande comment ça se passe pour elle... « Je suis pleine, je suis très pleine! ». Ces trois mots, et elle raccroche.
« Vanessa, tu es magique », me dis-je intérieurement. Merci Vanessa. Encore quelques arrêts avant que je descende, quelques instants dont il faut profiter, ne pas perdre une miette.
Mais zut, la circulation est désormais fluide, et Vanessa semble plus pressée que jamais de nous emmener à destination. On arrive en trombe, et Vanessa invite tout le monde sortir, d'une voix qui
restera à jamais gravée dans ma mémoire. « MERCI BONSOIR! SORTEZ! UN AUTRE BUS ARRIVE DERRIERE! ALORS DESCENDEZ! MERCI! SORTEZ! UN AUTRE BUUUUS! DERRIERE! »
Les portes se referment, le bus démarre en 3ème et tourne rapidement au coin de la rue. Je reste plantée là, le sourire
aux lèvres.
Merci Vanessa. Tu as sauvé ma journée.
Derniers Ptits mots